Voter autrement en Haïti: le vote électronique au cœur de la réforme électorale
Publié chez C3 Éditions en 2020, « Voter autrement en Haïti: le vote électronique au cœur de la réforme électorale » est un texte écrit par le Dr Ricardo Augustin, professeur des universités et ancien conseiller électoral. Ce livre s’inscrit dans le cadre de la continuité de l’éternel débat et des réflexions sur la problématique des élections en Haïti. L’auteur y mène, il faut le souligner d’emblée, un combat pour la réforme du système électoral haïtien, avec pour élément principal le vote électronique.
Misant sur la pensée de certains auteurs sur la question électorale, dans une démarche de conceptualisation, qui arguent que la fonction électorale constitue souvent l’instrument essentiel de la modernisation politique, le Dr Augustin fait certaines considérations sur l’ensemble des variables qui caractérisent le fait électoral haïtien. Il souligne l’expérience des élections dans ce pays qui a immanquablement viré au cauchemar. Aussi parle-t-il d’un ensemble de manquements aux opérations électorales en Haïti. « Les adjectifs qui sont les plus appropriés pour décrire ces manquements seraient : truquage, violences, fraudes… et de fait, les élections haïtiennes en sont quasiment le théâtre ».
Reprenant le fait que l’automatisation du vote est déjà expérimentée dans de nombreux pays et son apport à la régulation de certains systèmes électoraux, l’auteur pose une ultime question qui le guide dans sa réflexion : « Le vote électronique pourrait-il apporter une solution au problème électoral en Haïti, vu qu’il est moins onéreux, plus fiable et plus crédible » ? Pour répondre à cette préoccupation, il affirme que « la modernisation du système électoral haïtien par la mise en place du vote électronique est plus apte à garantir la transparence, la rapidité et la crédibilité du scrutin électoral, tout en diminuant son coût en réduisant le nombre des acteurs devant intervenir en la matière ».
L’auteur développe toute une kyrielle d’arguments solides à la justification de sa thèse. Le vice-doyen de la Faculté des sciences économiques sociales et politiques (FSESP), de l’Université Notre-Dame d’Haïti, a passé en revue les différents problèmes et imperfections relevés au cours des élections passées en Haïti, ce qui lui permet d’évoquer certaines considérations politiques et technico-juridiques. « Les violations à répétition qui ont émaillé les différents processus électoraux de 1987 à 2016 ; les retards répétés dans les processus électoraux ; l’existence d’une permanence en matière de Conseil électoral ; le manque de préparation des membres du bureau de vote ; un processus électoral démodé ; un cadre juridique toujours en mutation ». Tels sont, entre autres, les problèmes qui ont toujours marqué les démarches électorales en Haïti.
Pour montrer l’importance du vote électronique dans la modernisation du système électoral haïtien, l’auteur de « Les élections de 2015 : au-delà des mots… et des maux », a mis en relief quelques considérations historiques sur l’expérimentation de l’automatisation du vote que ce soit en Europe ou dans des pays en Amérique latine. Il avance que « le vote électronique fait partie des nouvelles inventions et date des dernières décennies. Ce système a connu un véritable essor à la faveur des avancées technologiques qui sont en train de révolutionner le monde». En ce qui concerne la mise en place d’un tel mécanisme de vote en Haïti, après avoir souligné ses avantages, le chercheur suggère l’adoption d’une loi qui fixe les conditions d’application. En ce sens, il invite le législateur haïtien à se pencher sur la question. « Le vote électronique devra être introduit graduellement dans le système électoral; il revient au législateur haïtien de fixer les modalités d’automatisation du vote. Les étapes de mise en œuvre du vote électronique sont nombreuses et diversifiées. La loi devrait accompagner cette diversification ».
Évoquant les raisons pour lesquelles vote le peuple haïtien et sa déception face à ce que cette opération devrait être pour un pays, vu son enjeu, le professeur fait des recommandations sur le vote en général et sur le vote électronique en particulier, pour tenter de résoudre la question électorale en Haïti. Le vote électronique, étant aujourd’hui une réalité régionale de l’Amérique latine et des Caraïbes, Haïti doit leur emboiter le pas en : « adoptant une loi électorale qui tient compte des exigences de modernisation du système électoral ; introduisant graduellement le vote électronique dans son système électoral », poursuit-il.
Modernisation du système électoral haïtien
L’auteur s’est démarqué de ceux et celles qui ont déjà produit des réflexions sur la question électorale en Haïti. Son texte propose sans ambiguïté la modernisation du système électoral haïtien et l’adoption du vote électronique comme ultime moyen de solutionner le problème électoral. Il a fait un travail d’analyse porté sur le vote de façon générale, en scrutant les éléments historiques de celui-ci et aussi en étudiant le système électoral haïtien.
Dans cette démarche, l’auteur a analysé les failles et les déficiences des cadres juridique et normatif de ce système. Il écrit que « les manquements signalés au niveau du système électoral haïtien justifient le choix d’un nouveau système, le passage du vote traditionnel au vote électronique ». Le docteur Ricardo Augustin a consacré une grande partie de sa réflexion à l’exploration du vote électronique, ce qui l’a porté à considérer le vote « sui generis » ainsi que les éléments essentiels d’un tel système de vote. Conscient des problèmes liés aux élections dans ce pays, pour avoir été membre d'un Conseil électoral provisoire, avec cet ouvrage, il met à la disposition des acteurs politiques et des grands commis de l’État un document de référence à la réforme électorale et à la modernisation du système électoral haïtien. Ce texte est un grand plaidoyer pour l’automatisation du vote dans le système électoral haïtien. À lire absolument.
Auteur: Docteur Ricardo Augustin